Le monde d’Abraham Dayan semble avoir été crée à partir de la légèreté poétique de l’enfance mais pas seulement : La naïveté de l’enfance rencontre la rigueur du géomètre et inversement, la rigueur du géomètre se laisse déstabiliser par la liberté de l’enfant. C’est entre ces deux pôles qu’Abraham Dayan construit les espaces qu’il dédie à sa poésie.

Ses personnages flottent comme ceux de Marc Chagall.

Ils vivent dans des étendues aux coins pointus. Des plages de couleurs étendues dans des triangles, des carrées, ou entrecoupés pas des segments qui dépassent, c’est leur environnement.

Ils apparaissent comme des passes murailles. Leurs silhouettes traversent ou se laissent traverser par le paysage, croisent les pièces qu’ils habitent, embrassent les architectures qui leur tiennent lieu de repère : la Provinciale.

Dans ce monde, seuls les seins des femmes sont parfaitement ronds, comme des lunes pleines.

Cette manière géométrique de représenter les corps de ses personnages montre bien que l’artiste ne fait pas attention à leur chair. Il privilégie leur aura, matérialise leur mouvement, leurs actions prismatiques. Ils se distinguent par un long cou filiforme et plat, comme si leur existence ne tenait qu’à un fil.

Dans les scènes de groupe, chacun vaque à ses occupations sans tenir compte de la présence des autres. Même entre la mère et l’enfant, il n’y a pas vraiment d’échange. En revanche, ils ont tous l’air d’appartenir à une même communauté soudée.

Dans des grands espaces vides, ses personnages sont tout petits et minces comme les tiges des allumettes en bois aux extrémités pointues. Ils s’organisent autour d’un événement très important, ils obéissent, ils écoutent.

L’artiste signifie leur singularité à travers des attributs ou des situations extravagantes.

Ils dansent, se mettent la tête en bas et les pieds en l’air ou croisent leurs jambes d’une manière peu naturelle, comme des pantins.

Dans ses portraits, on retrouve souvent Karine que l’on aperçoit extravertie sur le seuil de la porte, un bouquet de fleur à la main ou alors posant toute nue pour le peintre. Mais là encore ce n’est pas les courbes de son corps que l’artiste regarde mais la forme triangulaire de son sexe noir tranchant avec la beauté de sa peau blanche.

Sa thématique est souvent inspirée de l’Ancien Testament, par les situations clé qui ont fondé l’imaginaire de notre culture : Le veau D’or, la Tour de Babel, La naissance de Jésus-Christ. L’artiste ne manque pas d’humour, car il traite ses sujets avec la liberté d’un chroniqueur laïque tout en ayant l’air de s’interroger à propos de tous ces inépuisables mystères à jamais vraiment comprises par ceux auxquels ils sont été destinés.

Dans l’œuvre qu’il a intitulée Femme en espace temps rose les proportions de ses figurines  sont si bien trouvées et leurs habits colorés si coquets que l’on croirait assister à un défilé de mode pour Sonia Delaunay ou lire une partition de musique notée par Eric Satie.

Entre les fils tendus comme les cordes d’un violon, organisant ses géométries constructivistes prêtes à produire des sons, l’artiste représente le compositeur Mozart apparaissant en majesté comme une statue égyptienne. La musique et la danse, c’est la gaîté de la vie que cet artiste fait passer dans le monde qu’il a créé.                                        

Ileana Cornea , critique d'art Paris juin 2012